Fishbach au Bataclan

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas de littérature mais de musique que je veux vous parler aujourd’hui.

FF

Album « À ta merci » paru en janvier 2017, label Entreprise

Depuis quelques mois, une jeune chanteuse d’électro-pop-rock-post-punk-variété — difficile de définir son style, même si certains s’acharnent à voir en elle une nouvelle Catherine Ringer — accompagne mes journées de sa voix et de sa présence fougueuse, sur scène comme en interviews.

Hier soir, presque deux ans jour pour jour après les attentats de novembre 2015 à Paris, elle chantait dans un Bataclan plein à craquer, et j’y étais.

Il faut savoir qu’à l’époque, sa chanson « Mortel », qui venait de paraître avec son premier disque, avait pour beaucoup résonné comme un hymne prémonitoire à cette tragédie. « Jamais rien vu d’aussi mortel que ces tirs aux hasards… Je viendrai demain aux nouvelles à la lueur du phare… Parachutiste, de toi, serai-je la cible ? Vise-moi encore, en sémaphore, j’existe… » (version EP 2015 ici)

Cette Flora Fischbach — nom de famille de sa mère avec un « c » en moins pour son nom de scène — me fascine pour sa liberté et sa fraîcheur dans ses créations musicales et ses performances scéniques.

Après un duo punk dans les Ardennes où elle a grandi, celle qui revendique fièrement avoir quitté l’école à 15 ans parce qu’elle s’y ennuyait a tracé sa route vers Reims puis Paris, de petit boulot en petit boulot grâce à son bagou (vendeuse de chaussure, guide de musée…) composant ses chansons en solo sur son ordinateur et les faisant aujourd’hui vivre sur scène, rejointe par trois musiciens de ses amis.

Hier soir, en plus de son équipe habituelle, un quatuor de cordes classiques l’accompagnait. Avant-hier, c’était un joueur de mellotron, et un autre jour encore, un pianiste franco-libanais qui avait réécrit et adapté avec elle en arabe les paroles de l’une de ses plus jolies chansons, « Un beau langage » (version originale : ici)

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Fishbach au Bataclan 27/10/2017

Et toujours, il y a cette présence qu’elle impose, avec sa silhouette androgyne, ses regards qui transpercent le public et ses mimiques expressionnistes, ses mouvements saccadés et surtout, sa voix puissante, parfois rauque, parfois douce, toujours grave et sur le fil de la fausse note, pour glisser dans la justesse.

Du haut de ses 26 ans, elle me fait me retourner en arrière, moi qui en ai 40 aujourd’hui. Je me revois à son âge, engoncée dans mes diplômes, angoissée par la banalité du quotidien, par l’avenir, le passé, ne sachant pas quoi en faire…

Fishbach est loin d’être une chanteuse légère même si ses mélodies sont dansantes : ses thèmes de prédilection sont ceux, universels, de la mort, du suicide, de l’amour, mais elle sait les transformer en quelque chose de céleste à partager. La journaliste Valérie Lehoux a très justement écrit qu’elle faisait partie de « ceux qui chantent non pour se distraire mais pour survivre » .

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Fishbach au Bataclan 27/10/2017

Hier soir, elle n’a pas eu de grands discours au moment de chanter « Mortel » dans les murs du Bataclan. À quoi bon ? nous avions tous les mêmes images et les mêmes prières en tête. Elle a juste dit que c’était la chanson « qu’elle avait le plus envie, et le plus peur de chanter » …

Le public l’a fait avec elle, avec encore plus de ferveur que d’habitude, et à la fin de la chanson, nous avons crié, de longues minutes, bien plus longtemps et bien plus fort que pour acclamer la seule Fishbach, qui le savait et restait muette face à nous, entourée de ses musiciens pétrifiés.

Alors, si… il y a bien eu quelque chose de plus mortel que les tirs au hasard, hier soir, au Bataclan … : la vie qui continue, malgré tout, et notamment grâce à des artistes comme Fishbach.

Pour ceux qui voudraient en voir plus : ici  le clip « Un autre que moi » et le clip « Béton mouillé » mais pour se rendre vraiment compte du phénomène, il faut la voir sur scène… Ici au Pédiluve en mars 2017 avec « On me dit tu ».

Et le concert du Bataclan en intégralité est sur Culture Box.

4 réflexions sur “Fishbach au Bataclan

  1. Bonjour, je viens de lire deux fois votre article et je constate que c’est en total accord avec ce que je pense de cet ovni Fishbach. Moi-même, je trouve la version au pédiluve en mars sublime,la meilleure.
    J’ai 49 ans,le décalage est grand et pourtant ses chansons ne sortent pas de ma tête, je m’y retrouve totalement.Merci pour ce bel et émouvant article,il y en aura sûrement d’autres car Flora  » s’envole »…!!

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  2. Oui , elle est belle et ses chansons illustrent bien les problèmes actuels de tout un chacun ; sa voix module à la perfection ses états d’âme ; elle ira loin , je pense …Merci pour le rêve qu’elle apporte grâce à ses chansons , rêve qui rejoint la réalité de toute existence .MF.

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