Déchiffrer l’arabe

Ce n’est pas un livre qui fait l’objet de mon petit billet du jour mais une écriture : je me suis enfin décidée à apprendre l’alphabet arabe.

J’écris « enfin » car cette velléité me poursuit depuis longtemps, d’aussi loin, peut-être, que ma lecture des Nourritures terrestres en classe de première, quand Gide nous emmenait à Tunis, « les pieds nus sur les dalles bleues« .

Une première tentative, il y quinze ans, a bifurqué vers le turc – hasard de la vie et des rencontres. Cet apprentissage ne m’a pas déçue car le turc est une belle langue, très chantante – certains linguistes disent que c’est l’italien du Moyen-Orient – et très différente des langues romanes par sa grammaire, sa syntaxe, ses sonorités, mais je suis restée sur ma faim quant à l’alphabet : s’il a conservé de nombreux mots arabes dans son vocabulaire, le turc s’écrit en caractères latins depuis le grand vent des réformes kémalistes des années 1920.

J’en reviens donc à mon objectif premier aujourd’hui. J’aime l’idée de me lancer dans l’apprentissage d’une nouvelle langue tout à fait gratuitement : je n’aurais sans doute jamais à parler l’arabe et ni à choisir l’une de ses variantes nationales. Mon plaisir est simplement de découvrir de nouveaux caractères, d’arriver à donner du sens à ces incompréhensibles pattes de mouche, de les déchiffrer comme un code secret.

J’aime aussi être face à l’étranger absolu par l’intermédiaire de la langue. Je pense à ces migrants qui se retrouvent sur le sol européen après le cauchemar d’une traversée à quitte ou double. La confrontation à une écriture étrangère me donne un minuscule, bien minuscule, aperçu du désarroi qui doit être le leur face à tant de nouveautés, tant de difficultés, et pour eux, tant de dangers.

J’aime enfin redevenir comme un petit enfant qui a tout à apprendre. Recommencer au début, m’émerveiller en redécouvrant la mer, لبحر , la nuit, الليلة , le chat, لقط , les figues, تين … Réapprendre la simplicité des couleurs, des chiffres, des jours de la semaine.

Camus écrivait : « Mal nommer un objet ajoute au malheur de ce monde ». Je trouve, moi, que le re – nommer dans une autre langue aide à les réenchanter tous deux.

2 réflexions sur “Déchiffrer l’arabe

  1. Quelle bonne idée ! Je reconnais bien là ton coté actif et travailleur ( en plus de ta sensibilité particulière bien sûr).

    J’ai toujours apprécié le graphisme de l’écriture arabe. J’ai vu au Maroc une grande publicité murale, un coté en français et l’autre en arabe. La différence était vraiment saisissante , une écriture si carrée d’un coté et l’autre si fluide . « Ah oui, c’était écrit en vermicelles …. » avait commenté une tante de façon drolatique et irrespectueuse.

    La question de l’exil est toujours assez présente à mon esprit et j’aime bien aussi ton angle d’approche. Bref, c’est une ouverture et merci.

    Elisabeth

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