La Chine désorientée

Ceux qui lisent attentivement ce carnet de lecture se souviennent peut-être d’un petit billet publié en octobre dernier sur le prix Nobel de littérature chinois Mo Yan*. J’y évoquais le travail qui m’avait amenée à découvrir cet auteur, à savoir la relecture avant publication d’une série d’articles de Lun Zhang, universitaire chinois vivant en France, traduits du chinois et annotés par Aurore Merle, tous deux étant enseignants en civilisation chinoise à l’université de Cergy-Pontoise.

couverture-41Cet ouvrage, La Chine désorientée, paraît aujourd’hui aux Éditions Charles Leopold Mayer et je ne peux que conseiller sa lecture à ceux qui voudraient mieux comprendre l’évolution de la Chine depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. Soit celle d’un gigantesque pays pris en tenaille entre le maintien d’un système politique autoritaire hérité du communisme et l’immersion radicale dans le libéralisme économique mondialisé.

Tout l’intérêt des articles qui constituent ce livre réside dans le fait qu’à l’origine, il n’ont pas été écrits pour les occidentaux mais pour les Chinois privés de leur liberté d’expression en Chine, par un Chinois vivant en France depuis qu’il est interdit de séjour dans son pays.

Initialement, cette trentaine d’articles est en effet parue sur la section chinoise de la BBC et dans une revue hongkongaise, sous forme de chroniques dénonçant les dérives du régime, qu’il s’agisse de l’instrumentalisation de la lutte contre la corruption, de la montée d’un néo-maoïsme ou des scandales environnementaux.

D’où l’importance de l’appareil de notes et de commentaires pour nous permettre à nous, lecteurs français, de comprendre ce qui se joue dans les atermoiements sur le choix du lieu d’installation d’une statue de Confucius, les subtils louvoiements entre « la Réforme » et « les réformes » ou le passage de la théorie « du chat » à celle « de la paire de chaussures ».

Ces articles donnent la vision « à chaud » d’une personne qui connaît de l’intérieur le fonctionnement du pays ; le « rapide rappel de l’histoire contemporaine du pays » présenté en avertissement, les glossaires des noms propres et des expressions chinoises donnés en fin d’ouvrage nous permettent quant à eux d’en saisir toute la portée, et souvent, le caractère douloureusement prémonitoire.

En mars 2018 en effet,  la suppression dans la Constitution chinoise de la limitation des mandats pour la présidence et la vice-présidence est venue tristement confirmer les craintes de l’auteur au sujet de l’abîme qui se creuse chaque jour davantage entre la société civile chinoise et un État de plus en plus autoritaire.

 

* « Pauvre Mo Yan », à lire ici pour mon billet et, pour l’original, en première partie chapitre XI du livre de Zhang Lun et Aurore Merle, La Chine désorientée, éditions Charles Leopold Mayer, 2018.

 

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